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Témoignage

Avril 2009

J'ai vaincu la dépression

Tu crois que la dépression est une maladie Qui touche seulement les adultes? Erreur! Il semblerait qu’environ de 5 à 10% des Adolescents souffrent de ce trouble mental. Marie-pierre, 15 ans, te raconte son Combat contre la maladie.
Par Julie Champagne

Marie-Pierre, comment décrirais-tu ta personnalité? Mes amis affirment que je déborde d’énergie. Je souris sans arrêt et je m’efforce toujours de voir le bon côté des choses. Je suis passionnée de ski alpin et, chaque hiver, je fais des compétitions. J’ai plusieurs bons amis et j’obtiens des résultats scolaires dans la moyenne. Je dirais que je suis une fille plutôt chanceuse! Mais, un jour, j’ai traversé une période difficile.

Quelle épreuve as-tu traversée? Quand j’avais 13 ans, mes parents ont décidé de se séparer. Du jour au lendemain, j’ai changé de ville, d’école, de groupe d’amis. Je me retrouvais seule avec ma mère dans un petit appartement. Mon père vivait avec sa nouvelle blonde. Le divorce a eu l’effet d’une bombe nucléaire dans ma petite vie tranquille. J’étais complètement anéantie. Je pleurais, je maudissais mes parents, je trouvais que la vie était injuste. J’étais bouleversée, ce qui est normal lors d’une telle épreuve. Le hic, c’est que ma déprime ne passait pas...

Comment te sentais-tu, quelques mois après la séparation de tes parents? Plus les semaines passaient, plus je me sentais épuisée. Étrangement, je ne pouvais pas dormir. Je tournaillais dans mon lit, les yeux grands ouverts. Je me chicanais continuellement avec ma mère. Pourtant, je me suis toujours bien entendue avec elle. Je piquais des crises épouvantables. Elle me proposait une virée des magasins? Je lui répondais que je me sentais trop grosse pour m’acheter des vêtements. Une sortie au restaurant? Je n’avais pas faim. Louer un film? Ils étaient tous nuls. Je refusais ses idées en bloc. J’avais mal partout et je me sentais terriblement triste.

Pratiquais-tu toujours tes activités favorites, comme le ski alpin? Non, j’ai abandonné toutes mes activités sportives et je ne donnais plus de cours de ski aux enfants. Même sortir avec mes amis était une corvée. Du coup, je préférais m’isoler dans ma chambre, les rideaux fermés, étendue sur mon lit. Je n’avais plus envie de voir personne. J’angoissais. J’avais l’impression que tout était ennuyeux, inutile, dépourvu d’intérêt.

Comment se déroulaient tes journées, à l’école? C’était catastrophique! Je me désintéressais de toutes les matières, je boudais les devoirs, je n’écoutais plus mes professeurs... Inutile de préciser que mes résultats étaient en chute libre! Je ne pouvais plus me concentrer. Pire encore, je n’avais plus envie de dîner avec mes nouveaux amis. J’allais me coucher sur un banc et j’attendais que la cloche sonne, un peu comme un zombie. Un jour, Annie-Claude, ma meilleure amie, m’a retrouvée en train de pleurer dans les toilettes. C’était clair, rien n’allait plus chez moi.

Comment réagissait ton entourage à ton état dépressif? Mes amis étaient dépassés par les événements. Certains se sont éloignés de moi, croyant que j’étais rabat-joie et pessimiste. Mes vrais amis voyaient que je n’allais pas bien. Ils tentaient de m’en parler, mais je ne voulais rien entendre. Je m’isolais de plus en plus. Ma mère se faisait aussi du mauvais sang. Elle ne me quittait pas des yeux, surtout que je refusais d’avaler quoi que ce soit. Au début, elle pensait qu’il s’agissait simplement d’une mauvaise passe, d’une crise d’adolescence. Mais plus le temps passait, plus elle se rendait compte que mon comportement n’était pas normal. Je sombrais dans un état de détresse de plus en plus profond.

Et toi, comment interprétais-tu tes idées noires? Les premiers temps, je ne me suis doutée de rien. J’associais tous mes symptômes à la séparation de mes parents. Après tout, il est normal de se sentir déprimée après une épreuve difficile. Mais, normalement, les sentiments s’estompent peu à peu. À l’inverse, mes symptômes persistaient, s’aggravaient même. Un jour, j’ai éclaté en sanglots parce que je ne trouvais pas la manette de la télévision. La vérité m’est alors apparue comme une évidence: je ne me reconnaissais plus. J’ai toujours été une fille sociable et de bonne humeur. Qui était donc cette fille sombre et abattue? Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.

As-tu soupçonné qu’il s’agissait d’une dépression? Pas du tout! J’ignorais de quoi il s’agissait. Je savais que quelque chose ne tournait pas rond, sans plus. Il faut dire que je croyais que la dépression était une maladie qui affectait les adultes qui travaillent trop ou qui vivent des épreuves difficiles. Pas les filles de 13 ans! Comme j’avais terriblement peur, j’ai décidé de discuter de mon état avec ma marraine. J’ai toujours eu une grande confiance en elle. Elle m’a accompagnée à la clinique, et j’ai consulté un professionnel de la santé. C’était bel et bien une dépression. Heureusement, cette intervention rapide m’a empêchée de m’enfoncer davantage.

As-tu croisé des gens qui doutaient de ton mal? Énormément! Il existe encore beaucoup de préjugés sur la dépression. À l’école, certaines personnes croyaient que je manquais de volonté, que je m’inventais des symptômes pour obtenir quelques jours de congé. Bien sûr, ils ne me le disaient pas directement. Ces gens semblent croire qu’il suffit de se bouger un peu pour que les sentiments négatifs disparaissent comme par enchantement. Si seulement c’était le cas! La dépression est une maladie qu’il faut soigner, au même titre qu’une pneumonie, une mononucléose ou une jambe cassée!

Que voudrais-tu dire aux jeunes qui sont dans la même situation que toi? Vous ne devez pas avoir peur d’en parler à un professeur, à un professionnel de la santé ou à vos parents. La dépression à l’adolescence est fréquente. Vous n’êtes pas seuls! Dans votre entourage, quelqu’un peut vous aider.


Tu as besoin d'aide?

  • TEL-JEUNES
    Service d’intervention par téléphone ou par Internet 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
    MONTRÉAL: 514 288-2266
    EXTÉRIEUR: 1 800 263-2266,
    www.teljeunes.com


  • JEUNESSE, J’ÉCOUTE
    Service gratuit et confidentiel. Quel que soit le problème ou la préoccupation, les intervenants sont là pour offrir, de façon immédiate et attentive, information, soutien et référence aux jeunes. Le site Web contient d’ailleurs des renseignements très pertinents sur les maladies mentales, les facteurs de risque, les symptômes et les traitements.
    MONTRÉAL: 514 273-7007
    EXTÉRIEUR: 1 800 668-6868,
    www.jeunesse.sympatico.ca


  • REVIVRE
    Le programme Revivre est un ensemble de services axés sur le soutien destiné aux adolescents et aux jeunes adultes de 14 à 25 ans souffrant de dépression, de maniaco-dépression ou de troubles anxieux. Les services offerts sont nombreux: écoute téléphonique, groupes d’entraide et relation d’aide individuelle. On fournit aussi de la documentation sous forme de dépliants.
    LIGNE D’ÉCOUTE:
    514 529-3081, poste 3
    COURRIEL: programme jeunesse@revivre.org
    www.revivre.org











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